Dahui est né à Xuancheng, dans l’Anhui, dans la famille Xi. Il moine bouddhiste à l’âge de dix-sept ans. Il reçoit d’abord une solide formation intellectuelle, puis, à l’âge de vingt-et-un ans, il se rend auprès de Zhan Tangzhun, un maître de la branche Huang-lung de l’école Linji. Reconnaissant son potentiel et ses grandes capacités intellectuelles, Zhan Tangzhun a fait de Dahui son assistant personnel.
Un jour, Tangzhou demanda à Dahui :
- Pourquoi tes narines sont-elles sans limites aujourd’hui ?
— Parce que je suis chez toi, répondit Dahui.
- Tu es un faux chán.
Une autre fois, Dahui avait alors vingt-six ans, Tangzhou l’appela et lui dit : « On peut très bien parler des chán, on peut citer les paroles des anciens maîtres et écrire des commentaires à leur sujet. Tu es éloquent dans tes sermons et rapide dans les débats. Mais il y a une chose que tu ne sais pas. »
Dahui demanda de quoi il s’agissait.
Tangzhou a répondu : « Ce que tu n’as pas, c’est l’éveil. Ainsi, quand je te parle dans ma chambre, tu as chán. Mais dès que tu quittes cette chambre, tu le perds. Quand tu es éveillé et attentif, tu as le chán. Mais dès que tu t’endors, tu le perds. Si tu continues comme ça, comment peux-tu conquérir la vie et la mort ? »
Dahui acquiesça : « C’est précisément là mon doute. »
Dahui suivit ensuite Yuanwu Keqin. Sur le chemin de Tianning Wanshou, un monastère situé dans l’ancienne ville impériale de Bian (Kaifeng moderne), Dahui fit le vœu de travailler avec Yuanwu pendant neuf ans et s’il n’atteignait pas l’illumination, ou si Yuanwu se révélait être un faux maître, donnant trop facilement son approbation, Dahui abandonnerait et se tournerait vers l’écriture de sutras ou de traités.
Yuanwu donna à Dahui le kōan [[Koans/Ummon-6]] à travailler. Dahui se jeta dans le kōan et lutta jour et nuit avec lui. Il donna quarante-neuf réponses au kōan : toutes furent rejetées par son maître. Finalement, le 13 mai 1125, il réussit à percer. Plus tard, il se souvient de l’événement :
« Maître Yuan-wu monta sur l’estrade et dit : “Une fois, un moine posa à Ummon cette question : ‘D’où viennent tous les bouddhas ?’ Yunmen répondit : ‘La montagne de l’Est marche sur l’eau.” Si j’avais été lui, j’aurais donné une réponse différente. D’où viennent tous les bouddhas ? Quand la brise parfumée vient du Sud, une légère fraîcheur se répand naturellement dans le palais. Quand j’ai entendu cela, tout d’un coup, il n’y avait plus d’avant et d’après. Le temps s’est arrêté. Je ne ressentis plus aucun trouble dans mon esprit, et restai dans un état de calme absolu. »
Yuanwu ne donna pas son approbation trop facilement. Il dit
« Il n’est en effet pas facile d’arriver à votre état d’esprit actuel. Mais malheureusement, vous êtes seulement mort ; vous n’êtes pas encore renaît. Votre plus grand problème est que vous ne doutez pas assez des mots. Vous ne vous souvenez pas du fameux dicton ? Lorsque vous lâchez votre emprise sur le précipice, vous devenez maître de votre propre destin ; pour mourir et ensuite revivre, personne ne peut alors vous tromper. »
Yuanwu donné alors à Dahui le kōan [[Koans/Isan-1]] sur lequel il travailla six mois avant de réaliser la percée finale. Il fut alors reconnu par Yuanwu comme un héritier du Dharma dans la tradition Linji.
Il devint un grand favori des classes lettrées ainsi que des moines chán. Parmi ses disciples laïcs, on trouvait de nombreux fonctionnaires de haut rang. Dahui était le chef reconnu du bouddhisme de la dynastie des Song du Sud. Suite à des intrigues de cour, il dut s’exiler 14 ans, avant de revenir en grâce.
Les lettres du Dahui aux laïcs révèlent un enseignant compatissant, convaincu que l’illumination promise par le Bouddha était accessible à chacun, indépendamment de ses activités quotidiennes. La meilleure façon d’y parvenir était d’utiliser les kōans comme support de méditation quotidienne.
À cette époque, l’enseignement à partir des kōans consistait principalement à commenter des « vieux cas », y ajoutant des commentaires et des vers. Cet usage montre l’influence de la culture littéraire chinoise, à laquelle appartenaient à la fois les fonctionnaires de l’État et la plupart des membres du haut clergé bouddhiste.
Dahui voyait cette pratique des commentaires comme une étude littéraire superficielle. Dans un geste radical, il alla jusqu’à ordonner même la destruction de la collection de kōans de son propre maître, l’Hekiganroku, en faisant brûler tous les exemplaires ainsi que les blocs de bois en permettant l’impression.
Dahui a introduit l’utilisation du k’an-hua (jap. : kanna) la concentration sur le hua tou d’un kōan pour atteindre l’illumination.
Bien qu’il y ait eu des centaines de kōans disponibles, Dahui n’en a utilisé que quelques-uns, pensant qu’une compréhension profonde d’un ou deux kōans suffit à atteindre l’illumination. Pour y parvenir, il fallait travailler assidûment et avec une grande détermination, comme quelqu’un dont « la tête est en feu ». Peu importe qu’une personne soit particulièrement intelligente ou non - la libération était à la portée de tous. Il écrivait :
Peu importe que vous soyez intelligent ou bête - cela n’a rien à voir avec des questions d’intelligence ou de bêtise ni avec le calme ou la confusion.
Dahui utilisait souvent le célèbre kōan : [[Koans/Joshu-1]]. Dahui enseigna que
Ce seul mot, mu, est un couteau qui permet de briser l’esprit douteux de la naissance et de la mort. Le manche de ce couteau est dans votre main : vous ne pouvez pas demander à quelqu’un d’autre de le manier pour vous... Vous ne consentirez à vous en emparer qu’après avoir abandonné votre vie. Si vous ne pouvez pas abandonner votre vie, restez un moment dans le doute : lorsque, soudainement, vous consentez à abandonner votre vie, vous en aurez fini.
Le concept de doute était très important dans l’enseignement de Dahui. Il avertissait ses disciples qu’ils devaient douter des mots pour ne pas être trompés par eux, qu’ils devaient même « douter » de leur propre existence même. Il disait
Aujourd’hui, de nombreux disciples ne doutent pas d’eux-mêmes, mais ils doutent des autres. C’est ainsi qu’on dit que « dans le doute, il y a nécessairement une grande illumination ».
Ses enseignements sur la pratique du kanhua sont devenus la norme pour la tradition de l’école Linji de la pratique du kōan en Chine, en Corée et au Japon. Dahui a extorqué une forte influence sur le maître japonais Hakuin Ekaku, qui a également enseigné le grand doute comme nécessaire à l’éveil.
Les enseignements de Dahui contiennent des attaques incessantes sur la pratique de l’illumination silencieuse, professée par Maître Wanshi, c’est-à-dire l’assise en méditation dans la tranquillité et le calme. Il qualifiait d’hérétiques les enseignants de ce type de pratique de méditation et s’en plaignait
Ils se contentent de s’asseoir après manger dans quelque grotte obscure d’une montagne sombre. Ils appellent cette pratique « illumination silencieuse », « mourir de la grande mort », « l’état avant la naissance de ses parents ». Ils restent assis là jusqu’à en avoir des cals au derrière, et même alors ils n’osent pas bouger.
À son avis, ce type de pratique conduit à la somnolence, au vide, à l’intellectualisation et à la conceptualisation du bouddhisme chán plutôt qu’à l’illumination. Il pensait que les enseignants qui enseignaient cette méthode de méditation « ne s’étaient jamais éveillés, ils ne croient pas que quiconque se soit réveillé ». Pour Dahui, les kōans étaient le seul moyen d’atteindre l’illumination et sans kōan, on serait « comme un aveugle sans canne : incapable de faire ne serait-ce qu’un pas », mais les kōans devaient être pleinement pénétrés, non intellectualisés.
Une seule œuvre peut être attribuée au Dahui, une collection de kōans intitulée (Shōbōgenzō).
Dahui a également compilé le Chánlín Bǎo Xùn (禪林寶訓, Enseignement précieux de la tradition monastique chán) instructions d’anciens abbés chán sur les vertus et les idéaux de la vie monastique, en collaboration avec un autre moine, Dagui.
Un disciple du Dahui, Zuyong, a compilé une collection de la vie et de l’enseignement du Dahui appelée Dahui Bujue chánshi Nianbu (« Biographie chronologique du Maître chán Dahui »). Le Zhiyue lu, compilé par Qu Ruji, contient également des informations sur les enseignements du Dahui, dont la majorité est un recueil de lettres que le Dahui a écrites à ses disciples.