- Tirée de Wudeng huiyuanWudeng huiyuan (1252) (Le Compendium des Cinq Lampes) de Dachuan Puji.
Xiangyan Zhixian appartenait à l’école guiyang. Il était originaire de Qingzhou dans le Shandong.
Extrêmement intelligent et vif d’esprit, il étudia dans sa jeunesse avec Hyakujo puis, à la mort de Baizhang, devint disciple de Isan, l’un des deux fondateurs éponymes de l’école guiyang.
Un jour, Guishan lui demanda : « Sans rien me dire de ce qui écrit dans les sūtras ou dans les enseignements des maîtres, dis-moi quel est ton visage d’avant ta naissance ? »
Il retourna dans sa cellule et y feuilleta pendant plusieurs jours tous les livres qu’il avait à sa disposition. Finalement, n’y trouvant pas de réponse, il s’écria : « Une galette en peinture ne peut rassasier un homme ! »
Il alla plusieurs fois dans la chambre de Guishan pour que celui-ci lui donne une réponse. Mais elle lui fut refusée à chaque fois.
Guishan finit par lui dire : « Je ne peux pas te répondre sinon, par la suite, tu me le reprocheras. Ce que je te dirais me correspondrait à moi, et non à toi. »
Xiangyan quitta Guishan et décida de s’installer dans l’ancien ermitage de Nanyang Huizhong jour qu’il regardait les feuilles tomber, sa canne de bambou heurta une pierre et résonna ; aussitôt, il fut éveillé.
Il se précipita dans son ermitage, prit un bain, fit une offrande d’encens et, se prosternant en direction du temple de Guishan, cria : « Votre bonté surpasse celle de mes parents. Si vous m’aviez donné des explications, je n’aurais jamais connu cette joie. »
Xiangyan rédigea ensuite ces vers :
Xiangyan envoya un moine porter ce verset à Guishan et le réciter.
En l’entendant, Guishan dit à Yangshan : « Ce disciple a pénétré ! »
Yangshan répondit : « C’est une bonne représentation de l’activité de l’esprit. Mais attendez ; je vais personnellement aller vérifier la réalisation de Xiangyan. »
Plus tard, Yangshan rencontra Xiangyan et lui dit : « Maître Guishan a fait l’éloge de la grande affaire de ton éveil. Quel preuve en donnes-tu ? »
Xiangyan récita le verset précédent.
Yangshan a dit : « Ce verset pourrait être composé à partir des choses que tu as étudiées. Si tu as eu une véritable illumination, alors dis autre chose pour le prouver. »
Xiangyan composa ce verset
Yangshan a dit : « Je t’accorde que tu as réalisé le zen des Tathāgata. Mais quant au zen des Patriarches, tu ne l’as même pas vu en rêve. »
Xiangyan composa un autre verset qui disait :
Lorsque Yangshan entendit ce verset, il rapporta à Guishan : « C’est merveilleux ! Xiangyan a réalisé le zen des Patriarches ! »
Lorsque Xiangyan prit ses fonctions d’abbé, Guishan lui envoya un message accompagné d’un bâton.
Quand Xiangyan les reçut, il s’ exclama : « Cieux bleus ! Cieux bleus ! »
Un moine demanda : « Maître, pourquoi agissez-vous ainsi ? »
Xiangyan répondit : « À cause d’une lune maléfique et de mauvaises herbes luxuriantes. »
Xiangyan entra dans la salle et s’adressa aux moines en ces termes :
« La Voie est atteinte par le biais de l’illumination et ne se trouve pas dans les mots. Elle est mystérieuse et majestueuse, et sans la moindre faille. Ne vous affolez pas l’esprit ! Tournez simplement la lumière vers l’intérieur. Ces disciples qui font chaque jour un effort total pour réaliser l’illumination sont tout simplement arriérés et confus ».
Un moine demanda :
- Quelle est la grande situation de Xiangyan ?
— Ne fertilise pas les fleurs, ni les arbres, répondit Xiangyan.
Un moine demanda : « Qu’est-ce qu’un sindhava[1] ».
Xiangyan frappa la plate-forme de méditation et dit : « Viens ici ! »
À tous ses disciples, Xiangyan enseignait de manière claire et directe. Il a laissé plus de deux cents versets comme celui-ci, composés pour répondre aux situations qu’il rencontrait. Ces versets libres étaient populaires dans tout le pays.
Sindhava est un ancien terme zen tiré du sanskrit qui désigne un adepte du zen doué d’une compréhension avancée.
Sources
- Andrew E. Ferguson, Zen's Chinese heritage, 2000, ISBN 0-86171-163-7 978-0-86171-163-5.
- Taisen Deshimaru, Dōgen, Le livre du kesa: Shobogenzo, Paris, 2000, ISBN 978-2-901844-25-9.