- 正法眼蔵
- Shōbōgenzō
- Le Trésor de l’œil de la vraie loi
Présentation
Le Shōbōgenzō est le titre d’un recueil d’environ 95 enseignements de maître Dogen. Ce titre donné par Dōgen lui-même fait référence au kōan [[Koans/Bouddha-1]].
Dōgen a donné ces enseignements après son retour de Chine, et a poursuivi ce travail tout au long de sa vie jusque peu avant sa mort en 1253. Contrairement à la plupart des écrits zen japonais de cette époque (y compris d’autres ouvrages de Dōgen tel que le Shinji Shōbōgenzō et l’Eihei Koroku), le Shōbōgenzō n’est pas écrit en chinois classique, (mais en japonais)[1]. Le Shōbōgenzō se présente donc comme des sermons dans un style moins formel que les sermons en langue chinoise de l’Eihei Koroku.
Certains des chapitres ont été couchés par écrit par Dōgen tandis que d’autres l’ont été par ses disciples, notamment son successeur Koun Ejō.
Il s’agit d’une collection disparate d’enseignements tant par le ton, la longueur, le contenu. Mais tous sont profondément ancrés dans la tradition bouddhique chán.
Les éditions anciennes
Dōgen a réorganisé l’ordre des chapitres qui composent le Shōbōgenzō plusieurs fois au cours de sa vie, et a également édité plusieurs d’entre eux. Après sa mort, divers éditeurs ont ajouté et retiré des chapitres, ce qui a conduit à plusieurs versions du Shōbōgenzō.
Senne, un disciple direct de Dōgen, laisse le premier commentaire connu du Shōbōgenzō. En 1308 Kyōgō, successeur de Senne et ayant lui-même connu Dōgen, en publie également un commentaire. Puis pendant des siècles, l’œuvre de Dōgen, y compris le Shōbōgenzō, n’est connue et étudiée que d’un très petit nombre de moines.
À l’époque prémoderne, les quatre versions principales se composaient de 60, 75, 12 et 28 chapitres, la version de 60 chapitres étant la plus ancienne et celle de 28 chapitres la plus récente. Les deux premières ont été arrangées par Dōgen lui-même, la version à 75 chapitres contenant plusieurs chapitres modifiés de la version en 60 chapitres. Il existe plusieurs copies manuscrites des versions en 60 et 75 chapitres dont une contenant l’écriture de Dōgen et celle de Koun Ejō.
La version à 12 chapitres (connue sous le nom de manuscrit Yōkōji d’après le temple où elle a été trouvée en 1936) n’est connue qu’en deux exemplaires, l’un copié en 1420 et l’autre recopié à partir de 1446. Cette version contient 5 chapitres qui ne se trouvent pas dans les versions plus anciennes dont l’unique exemplaire de Ippyakuhachi hōmyō mon. Elle contient également une note à la fin de Hachi dainin gaku écrite par Koun Ejō indiquant que ce chapitre devait être le dernier fascicule d’une version à 100 chapitres ; celle-ci n’aurait jamais été complétée en raison de la maladie qui devait emporter Dōgen. Il n’est pas établi clairement quels chapitres la version projetée par Dōgen auraient étés inclus et dans quel ordre.
La version à 28 chapitres, également connue sous le nom de manuscrit Eihei-ji ou de « Shōbōgenzō secret » (en japonais : Himitsu shōbōgenzō), date du milieu des années 1300 et ne contient en fait que 26 chapitres, car Shin fukatoku apparaît deux fois et Butsudō est inclus deux fois dans deux versions différentes.
Il existe d’autres versions prémodernes du Shōbōgenzō, qui sont toutes des réarrangements de ces quatre versions principales. Elles y ajoutent souvent des textes supplémentaires de Dōgen que celui n’avait pas l’intention d’inclure dans le Shōbōgenzō. Bonsei qui est mort au début du XVᵉ siècle, a compilé une version en 84 chapitres comprenant la version à 75 chapitres auquel il ajoute 9 livres de la version à 60 chapitres. Quatre exemplaires de la collection de Bonsei subsistent, le plus ancien datant de 1644.
Une version de 89 chapitres appelée le manuscrit Daijōji a été compilée en 1689 par Manzan Dōhaku sur la base de la version de 84 de Bonsei plus 5 chapitres supplémentaires, dont Bendōwa, Jūundō shiki, et Jikuin mon, qui n’étaient pas considérés auparavant comme faisant partie du Shōbōgenzō. Manzan ordonne ces chapitres en se basant sur la date à laquelle ils ont été écrits et non sur l’ordre prescrit par Dōgen - il pensait probablement que l’ordre des anciennes éditions était une décision qui n’avait pas été prise par Dōgen lui-même.
Hangyo Kōzen, 35ᵉ abbé d’Eihei-ji, tente d’établir vers la fin du XVIIᵉ la version la plus complète du Shōbōgenzō. Il compile une version en 96 chapitres contenant tous les chapitres connus des versions précédentes sauf Ippyakuhachi hōmyō mon ainsi que d’autres écrits dont le Chinzo apocryphe et plusieurs variantes d’autres chapitres. Ces chapitres sont placés dans l’ordre chronologique d’écriture ou de prédication supposée.
À partir des années 1700, un mouvement réformateur mené par Menzan Zuihō secoue l’école sōtō. Dans ce contexte, les éditions du Shōbōgenzō tiennent lieu de manifeste à chaque mouvance. Opposé à Menzan, Tenkei Denson en publie une basée sur la version en 60 chapitres. Il en critique sévèrement le texte et fait ses propres révisions. Menzan Zuihō recherche quant à lui les sources les plus fiables et donne une place centrale aux commentaires de Senne et de Kyōgō. La version de Tenkei fut dénoncée par l’école sōtō qui suit la mouvance de Menzan. Celui-ci réforme la vie monastique et la pratique de la méditation en se basant justement sur le Shōbōgenzō. Son disciple Fuzan Genshutsu publie dans les années 1770 un commentaire intégral du Shōbōgenzō probablement directement issu des notes de son maître.
Ces luttes intestines conduisent toutefois le pouvoir shogunal à interdire en 1722 toute publication du Shōbōgenzō.
Les éditions modernes
En 1796, Gentō Sokuchû, abbé du monastère d’Eihei-ji, obtint la permission de le republier. Cette nouvelle édition connue sous le nom de Honzanban (« L’Édition du Siège ») est une édition sur planche de bois en 90 chapitres imprimée à partir de 1815 - la première à ne pas être copiée à la main. Les six chapitres qui ont été retirés comprenaient le Chinzo non authentique ainsi que cinq chapitres considérés alors comme secrets par l’école sōtō.
En 1906, la version révisée de l’édition Honzan comprenant les cinq chapitres secrets fut publiée. Le seul chapitre prévu à l’origine pour faire partie du Shōbōgenzō manquant à ce stade est la version révisée de de Ippyakuhachi hōmyō mon qui n’a été découvert qu’en 1936.
Au début du XXᵉ siècle, le Shōbōgenzō suscite l’intérêt de penseurs japonais, surtout pour sa dimension philosophique. Après la Seconde Guerre mondiale, il touche le grand public et on en compte désormais plusieurs dizaines d’éditions, dont plusieurs en japonais moderne.
Lorsque le zen s’est répandu en Occident dans la seconde moitié du XXᵉ siècle, le Shōbōgenzō a été perçu, à tort ou à raison, comme la référence dogmatique du zen sōtō. Les premiers maîtres occidentaux ont donc logiquement consacré d’importants efforts à sa traduction et à son commentaire.
En 2023, sous la direction de la Sōtōshū (l’administration du zen sōtō au Japon), une traduction intégrale en anglais, largement augmentée de notes, est publiée.
Les chapitres du Shōbōgenzō
Aujourd’hui, la version imprimée la plus fidèle en japonais est sans doute l’édition de 1988 compilée par Kōdō Kawamura. Elle divise les chapitres en quatre sections :
— les 75 chapitres du manuscrit de Ryūmonji daté de 1547 ; — les 12 chapitres du manuscrit de Yōkōji daté de 1446 ; — neuf textes qui n’étaient pas destinés à l’origine au Shōbōgenzō ; — et les premières ébauches de sept chapitres.
Ce qui lui vaut parfois le titre de Kana Shōbōgenzō : Shōbōgenzō en caractère kana (c’est-à-dire écrit en japonais) par opposition au Mana Shōbōgenzō (le Shōbōgenzō écrit en chinois), autre nom du Shinji shōbōgenzō, la compilation de 300 kōan faite par Dōgen.
Textes
- 1
- Shōbōgenzō 1 : Genjō kōan
- 2
- Shōbōgenzō 2 : Maka hannya haramitsu
- 22
- Shōbōgenzō 22 : Zenki
- 55
- Shōbōgenzō 55 : Jippō
Sources
- Dôgen, Shôbôgenzô : La vraie Loi, Trésor de l'Oeil, traduit par Yoko Orimo, Sully, 2019, ISBN 978-2-35432-328-8.
- Eihei Dogen, Treasury of the true dharma eye: Dōgen's Shōbōgenzō : an annotated translation by the Sōtō Zen Text Project, Tokyo, 2023, ISBN 978-4-911061-00-8.
- Gudo Wafe Nishijima, Michael Leutchford, Jeremy Pearson, Master Dogen's Shinji Shobogenzo, Guildford, Surrey, 2003, ISBN 978-0-9523002-6-7.
- Dōgen, A complete English translation of Dôgen Zenji's Shôbôgenzô: the eye and treasury of the true law. Vol. II, traduit par Kôsen NishiyamaJohn Stevens, Nakayama Shobô, Tokyo, 1977, ISBN 978-0-87040-363-7.
- Hubert Nearman, Eihei Dogen, Shōbōgenzō, 2007, ISBN 978-0-930066-27-7.
- Eihei Dogen, Treasury of the True Dharma Eye: Zen Master Dogen's Shobo Genzo, traduit par Kazuaki Tanahashi, Shambhala, Boston, Mass, 2013, ISBN 978-1-59030-935-3.