Xuefeng pérégrinait avec Yantou et Qinshan. En tout, il se rendit trois fois à Touzi[1], et gravit neuf fois le mont Dong[2]. Enfin, il demanda des instructions à Deshan et ce n’est qu’à ce moment-là qu’il brisa le seau de laque.
Un jour, il accompagna Yantou pour se rendre à Qinshan. Lorsqu’ils arrivèrent à une auberge sur le mont Juao, ils furent bloqués par la neige. Yantou passait tous ses jours à dormir, tandis que Xuefeng s’adonnait à la méditation assise. Yantou lui cria : « Va dormir ! Va dormir ! Chaque jour, assis sur cette plate-forme, tu as l’air d’une statue villageoise de dieu de la terre. Un jour, tu deviendras un esprit maléfique et tu hanteras les maisons. »
Xuefeng montra sa poitrine et dit : « Ici, je ne suis pas encore en paix. Je n’ose pas me tromper moi-même. »
Yantou dit : « Je pense que tu finiras au sommet d’un pic solitaire[3] pour y bâtir une hutte d’herbe, et que tu sèmerais largement les graines du grand enseignement, mais tu fais encore de telles déclarations ? »
Xuefeng dit : « Je ne suis vraiment pas en paix. »
Yantou dit : « Puisqu’il en est ainsi, prends tes opinions et exprime-les-moi une par une. Ce qui est juste, je te le confirmerai ; ce qui est mauvais, je t’en débarrasserai. »
Xuefeng, en conséquence, se souvint :
-
Quand j’ai vu Yanguan soulever [le kōan] « la signification de la forme et du vide » lors d’un exposé dans la salle du dharma, j’ai gagné une entrée.
-
Pour les trente prochaines années, je t’interdis absolument de soulever à nouveau ce cas, dit Yantou.
-
Quand j’ai lu le vers de Dongshan « traverser l’eau », j’ai gagné une entrée.
-
Si c’est ça, tu ne te sauveras jamais.
-
Plus tard, je suis allé voir Deshan et je lui ai demandé : « En ce qui concerne le sujet transmis dans le véhicule de la lignée jusqu’à présent, ai-je un rôle à jouer, oui ou non ? Deshan m’a frappé une fois et m’a dit : « De quoi parles-tu ? » À ce moment-là, j’ai eu l’impression que le fond du seau était tombé.
-
N’as-tu pas entendu le dicton : « Ce qui entre par la porte n’est pas le trésor de la famille » ? s’écria Yantou.
-
Alors, qu’est-ce qui est juste ?
-
Un jour, si tu veux semer largement les graines du grand enseignement, que chaque point jaillisse de ta propre poitrine pour moi, couvrant le Ciel et la Terre.
Xuefeng, à ces mots, fut grandement éveillé. Il fit des prosternations, se leva et s’écria à plusieurs reprises : « Aujourd’hui, j’ai atteint pour la première fois la voie du mont Juao ! Aujourd’hui, j’ai pour la première fois atteint la voie du mont Juao ! »
Pour y visiter son abbé, Yiqing.
Pour y visiter son abbé, Liangjie.
feng, jeu de mots sur le nom de Xuefeng.
Compilation
Source
T. Griffith Foulk, William M. Bodiford, Sarah J. Horton, Carl Bielefeldt, John R. McRae, Record of the Transmission of Illumination, Honolulu, 2021, ISBN 978-0-8248-9000-1.