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Biographie de Mazu DaoyiMazu Daoyi (709–788), disciple de Nanyue Huairang.

  • Tirée de Wudeng huiyuanWudeng huiyuan (1252) (Le Compendium des Cinq Lampes) de Dachuan Puji.

Un des grands maîtres chán de son temps, avec Sekito Kisen, instigateur d’un style chán énergique et animé, Mazu est également fameux pour ses disciples, tels que BaizhangBaizhang Huaihai (749–814), disciple de Mazu Daoyi. ou Nansen.


Son nom de famille était Ma. Il est né en 709 au nord-ouest de Chengdu au Sichuan. Mazu se rendit à Zhongqing, où il étudia d’abord sous la direction d’un disciple à la deuxième génération de Konin qui lui donna l’ordination de moine bouddhiste.


Durant l’ère Kaiyuan (713-741), Mazu rencontra Maître Nanyue Huairang alors qu’il [[Nangaku-1|pratiquait zazen sur le Mont Heng]].


Après dix ans passés auprès de Nanyue, il en reçoit la transmission du Dharma, puis entreprend de voyager en tant qu’unsui à travers la Chine. Il finit par s’installer à Zhongling (aujourd’hui Nanchang), où des moines de tous horizons viennent le rejoindre.

La lignée de Mazu est connue sous le nom d’école chán de Hongzhou. Située dans l’actuelle province du Jiangxi, elle était l’école chán dominante de la fin de l’ère Tang (fin du IXᵉ et début du Xᵉ siècle). Mazu a été le premier maître zen connu pour utiliser le bâton comme méthode d’enseignement. Le style vigoureux de son école préfigure celui, sans compromis, de son célèbre descendant, Rinzai.

Contrairement à d’autres maîtres zen de son époque, Mazu n’a pas laissé de traces écrites de ses enseignements. Nous le connaissons en grande partie grâce à des récits qui reflètent l’impressionnant charisme qu’il dégageait.


Son apparence était très inhabituelle. Il avait la démarche du bœuf et le regard du tigre. Quand il tirait la langue, elle pouvait couvrir son nez. Sur la plante de ses pieds, les veines dessinaient deux cercles.


Un jour, Mazu s’adressa à la congrégation en disant :

« Vous tous ici ! Sachez que votre propre esprit est Bouddha. Cet esprit même est l’esprit de Bouddha.

« Lorsque Bodhidharma est venu d’Inde en Chine, il a transmis l’enseignement du véhicule suprême de l’esprit Un, grâce auquel des gens comme vous pourront atteindre l’éveil. De plus, il a apporté avec lui le texte du Sutra de Lankavatara, l’utilisant comme le sceau de la Terre de l’Esprit des êtres sensibles. Il craignait que vos opinions ne soient inversées et que vous ne croyiez pas à l’enseignement de cet esprit que chacun d’entre vous possède. C’est pourquoi [Bodhidharma a apporté] le Sutra de Lankavatara qui rapporte les paroles du Bouddha selon lesquelles l’esprit est l’essence -- et qu’il n’y a pas de porte par laquelle on peut entrer dans le Dharma.

« Vous qui cherchez le Dharma ne devriez rien chercher. En dehors de l’esprit, il n’y a pas d’autre Bouddha. En dehors de Bouddha, il n’y a pas d’autre esprit. Ne saisissez pas ce qui est bon et ne rejetez pas ce qui est mauvais. Ne tendez pas vers la pureté ou vers la souillure. Parvenez à la nature vide des transgressions ; que rien n’est atteint par des pensées continuelles ; et que parce qu’il n’y a pas de nature propre, les trois mondes ne sont que l’esprit. Les myriades de formes de l’univers entier sont le sceau du Dharma unique. Les formes que l’on voit ne sont que la perception de l’esprit. Mais l’esprit n’existe pas indépendamment, il est co-dépendant de la forme.

« Vous devez parler de manière appropriée des affaires de votre propre vie, car chaque matière que vous rencontrez constitue le sens de votre existence, et vos actions sont sans entrave. Le fruit de la Voie du bodhisattva est ainsi, né de l’esprit, prenant des noms pour être des formes. En raison de la connaissance du vide des formes, la naissance est une non-naissance. Comprenant cela, on agit à la mode de son temps, en se contentant de porter des vêtements, de manger de la nourriture, de respecter constamment les pratiques du bodhisattva, et en passant le temps selon les circonstances. Si l’on pratique de cette manière, y a-t-il autre chose à faire ?

« Pour recevoir mon enseignement, écoutez ce verset :

L’esprit réagit aux conditions. La bodhi n’est que la paix. Quand il n’y a pas d’obstruction entre les affaires du monde et les principes, Alors, la naissance est une non-naissance. »

  • Maître, pourquoi dites-vous que cet esprit est Bouddha ? demanda un moine.

  • Pour empêcher les bébés de pleurer, répondit Mazu.

  • Que dites-vous quand ils arrêtent de pleurer ?

  • Pas d’esprit, pas de Bouddha.

  • Sans utiliser aucun de ces enseignements, comment instruirez-vous quelqu’un ?

  • Je lui dirais que ce n’est pas une chose.

  • Si soudainement une personne perdue au milieu de tout ça venait à vous, alors que feriez-vous ?

  • Je lui apprendrais à faire l’expérience de la grande Voie, répondit Mazu.


  • Quelle est la signification essentielle du bouddhisme ? demanda un moine.

  • Quelle est la signification de ce moment ? répondit Mazu.


Le laïc Pang lui demanda : « Le maître pourrait-il donner son avis sur les ancêtres aux yeux clairs ? »

Mazu regarda en bas.

Pang dit : « Les autres maîtres ne savent pas jouer du luth. Seul le maître en joue de façon aussi sublime. »

Mazu leva alors les yeux. Pang s’inclina. Mazu retourna ensuite dans sa chambre. Le laïc Pang le suivit en disant : « À l’instant même, quelque chose d’habile est devenu maladroit. »


Le laïc Pang lui demanda aussi : « Bien que l’eau n’ait ni muscle ni os, elle supporte des bateaux de dix mille livres. Quel est le principe que cela illustre ? »

« Ici, il n’y a ni eau ni bateau. Comment peux-tu parler de muscles et d’os ? » répondit Mazu.


  • Comment peut-on se conformer à la Voie ? demanda un moine

  • Je n’ai jamais été en accord avec elle, répondit Mazu.

  • Quelle est la signification essentielle du Zen ?

Mazu le frappa et dit : « Si je ne te frappais pas, on se moquerait de moi de toutes parts. »


Le jeune moine Danyuan, de retour d’un pèlerinage, dessina un cercle devant Mazu, y entra, s’inclina et se tint là.

  • Alors, tu ne veux pas devenir un bouddha ? lui dit Mazu.

  • Je ne peux pas vous tromper, lui dit Danyuan.

  • Je ne suis pas comme toi.

Danyuan resta silencieux.


Lorsque Deng Yinfeng prit congé, Mazu lui dit :

  • Où vas-tu ?

  • Chez Shitou, répondit Yinfeng.

  • La route de Shitou est glissante.

  • Je porterais un bâton de bois. Quand je traverserai de tels endroits, je serai prêt.

Puis il partit.

En arrivant chez Shitou, il fit le tour de l’estrade des moines, frappa bruyamment son bâton sur le sol et demanda : « Quelle est la doctrine essentielle ? »

Shitou répondit : « Ciel bleu ! Cieux bleus ! »

Yinfeng ne dit rien, mais il alla rapporter ces propos à Mazu.

Mazu lui dit : « Retourne là-bas et repose-lui ta question. Attends sa réponse, puis fais deux bruits de grondement. »

Yinfeng se rendit de nouveau chez Shitou et posa la question comme précédemment. Shitou fit deux bruits de grondement. Yinfeng resta coi. Il revint rapporter cela à Maître Ma.

Le maître dit : « Je t’avais bien dit que la route de Shitou est glissante. »


Un moine dessina quatre lignes sur le sol devant le maître. La ligne du haut était longue et les trois du bas étaient courtes. Le moine demanda : « On ne peut pas dire que celle du haut soit longue et que les trois en dessous soient courtes. En laissant de côté les quatre descriptions qui utilisent ces mots, comment les décrivez-vous ? »

Maître Ma traça alors une ligne sur le sol et dit : « Sans parler de long et de court, je t’ai répondu. » (Lorsque Nanyang Huizhong entendit parler de cet incident, il dit : « Pourquoi ne me l’a-t-il pas demandé ? »)


Le magistrat Lian de Hongzhou demanda : « Faut-il ou non boire du vin et manger de la viande ? »

Mazu répondit : « Si vous consommez du vin et de la viande, c’est votre prospérité. Si vous ne consommez pas de vin et de viande, c’est votre bonne fortune. »


En 788, au cours d’une promenade sur le mont Shimen à Jianchang, il vit dans une grotte à flanc de falaise une pierre plate et dit à ceux qui l’accompagnaient : « Le mois prochain, ma dépouille pourrie retournera à cette terre. » Peu après, il manifesta des signes de maladie. Le surintendant du monastère lui demanda : « Révérend, comment va votre honorable santé ces derniers jours ? » Le maître répondit : « Bouddha à face de soleil, Bouddha à face de lune. »

Deux semaines plus tard, Mazu fit sa toilette, s’assit jambes croisées et entra dans la grande extinction.


Sources

  • Mazu Daoyi, Les Entretiens de Mazu : maître Chan du VIIIe siècle, traduit par Catherine Despeux, Editions Les Deux Océans, 2000, ISBN 978-2-86681-079-5.
  • Andrew E. Ferguson, Zen's Chinese heritage, 2000, ISBN 0-86171-163-7 978-0-86171-163-5.
  • Taisen Deshimaru, Dōgen, Le livre du kesa: Shobogenzo, Paris, 2000, ISBN 978-2-901844-25-9.