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Biographie de Xuansha Shibei

  • Tirée de Wudeng huiyuanWudeng huiyuan (Le Compendium des Cinq Lampes, 1252) de Dachuan Puji.
Portrait de
Xuansha Shibei (835–908)

Gensha Shibi venait de l’ancienne Fuzhou. Jeune homme, il vécut comme pêcheur sur le fleuve Nantai. Il quitta la vie laïque à l’âge relativement avancé de 30 ans. Il fut ordonné par le maître vinaya Lingxun au temple Kaiyuan de Yuzhang (près de l’actuel Nanchang). Il y pratiqua l’ascèse, ne portant qu’une robe rapiécée et des sandales de paille. Il jeûnait souvent au lieu de prendre le repas du soir, et était considéré comme excentrique par les autres moines. On l’appelait « l’ascète Bei ». Il était très proche de Xuefeng, qu’il aida à construire son temple. On dit qu’il s’éveilla un jour en lisant le Surangama Sutra.

Après avoir quitté Xuefeng, il vécut d’abord au monastère de Puying, puis il s’installa sur le mont Xuansha à Fuzhou, où il demeura pendant les trente années suivantes.


Un jour, Xuefeng demanda à Xuansha : « Qui est l’ascète Bei ? »

Xuansha lui répondit : « Je refuse de tromper les gens. »

Un autre jour, Xuefeng l’appela Xuansha en disant : « Pourquoi l’ascète Bei ne va-t-il pas pratiquer ailleurs ? »

Xuansha dit : « Bodhidharma n’est pas venu de l’Ouest. Le deuxième patriarche Eka n’est pas allé à l’Est. »

Xuefeng approuva cette réponse.


Un jour, Xuefeng s’adressa aux moines assemblés en disant : « Si vous voulez comprendre cette affaire, c’est comme si vous vous regardiez dans un miroir ancien. Si un étranger vient, un étranger est révélé. Si un Han[1] vient, un Han est révélé. »

Xuansha demanda alors :


Après que Xuansha soit devenu abbé du mont Xuan Sha, il s’adressa à l’assemblée des moines en ces termes :

« La Voie de Bouddha est vaste et sereine. Il n’y a pas de chemin à arpenter ni de porte de libération. Il n’y a pas de “personne de la Voie” ni de “trois mondes”. On ne peut donc pas “transcender” ou “tomber dans”. Avoir quelque projet va à l’encontre de la vérité. La négation est une formation [mentale]. Le mouvement est à la source de la naissance et de la mort tandis que l’immobilité fait chuter dans l’illusion. Lorsque le mouvement et l’immobilité s’éteignent, on tombe dans la négation vide. Lorsque le mouvement et l’immobilité sont tous deux acceptés, la nature de Bouddha est dissimulée.

« Vis-à-vis des affaires du monde ou des états d’esprit, soyez tel un arbre mort et froid. Alors vous réaliserez la grande fonction et ne perdrez pas sa grâce. Toutes les formes seront illuminées comme dans un miroir. La clarté comme l’obscurité ne vous troublera pas. L’oiseau s’envolera dans le ciel vide, sans en être séparé. Alors, dans les dix directions, il n’y aura pas de forme et dans les trois mondes, il n’y aura pas de traces. »


Les passages suivants sont tirés du Recueil des enseignements de Maître Xuansha Shibei.


Un jour, Xuansha entra dans la salle des moines, mais garda le silence. Les moines en eurent assez d’attendre qu’il expose le Dharma et après un certain temps, ils se levèrent tous pour quitter la salle. Xuansha s’écria : « Voyez ça, ils sont tous pareils ! Pas un seul n’a de sagesse ! Vous voyez mes deux lèvres ici et vous vous regroupez autour de moi en cherchant à donner un sens à certains mots. Quand je le fais vraiment ressortir, aucun de vous ne le sait. Voyez ça ! Si dur ! Si difficile ! »


Xuansha dit un jour :

« Vous tous, pratiquants du Zen, vous avez voyagé jusqu’ici de toutes parts à pied, me demandant de vous aider à pratiquer le Zen et à étudier la Voie. Vous avez pris place en cet endroit pour être spéciaux et ici, vous posez toutes sortes de questions. Puisque c’est ce que vous avez fait, alors vous devriez vérifier cet endroit minutieusement ! N’ai-je pas été complètement franc avec vous ? J’éteins ce que vous savez. Alors que reste-t-il ? S’il ne reste plus rien, à quoi servent vos connaissances ? Puisque vous êtes venus ici, je vous demande maintenant si l’un d’entre vous a l’œil de la sagesse ou non. Si c’est le cas, alors voyons ça maintenant. Pouvons-nous le voir ? Si ce n’est pas le cas, je dis que vous êtes tous aveugles et sourds. Est-ce bien cela ? Êtes-vous prêts à parler de cette façon ? Les zennistes vertueux ne se soumettent pas volontairement. Êtes-vous d’authentiques moines ? Le sommet de votre tête est exposé à tous les bouddhas dans les dix directions. Vous n’osez pas montrer la moindre erreur ! »


Xuansha instruisit la congrégation en ces termes :

« Les grands maîtres du monde entier parlent abondamment d’atteindre tous les êtres pour leur bienfait. S’ils rencontraient trois personnes ayant des handicaps différents, comment les atteindraient-ils ? S’ils brandissent leur bâton ou lèvent leur hossu devant un aveugle, alors celui-ci ne le verra pas. S’ils parlent de samadhi à un sourd, celui-ci ne l’entendrait pas. S’il demande à un muet de parler, il ne pourrait pas le faire. Alors que feraient-ils pour les atteindre ? Si ces gens ne peuvent être atteints, alors le bouddhadharma n’a aucun effet. »


Il dit aux moines :

« Vous êtes tous confrontés à un grand danger. Vous voyez des tigres, des couteaux et des épées qui menacent votre vie, et vous éprouvez une terreur sans limites. Qu’est-ce que c’est ? C’est comme si le monde se peignait lui-même en images de l’enfer, fabriquant des tigres, des couteaux et des épées, tous là, devant vous, et vous vous sentez terrifiés. Mais si vous vivez maintenant de telles expériences, alors c’est une terreur qui provient de vos illusions personnelles, et non de quelque chose que quelqu’un d’autre crée pour vous. Voulez-vous comprendre ces illusions et ces sentiments confus ? Alors, sachez que vous avez l’œil de diamant. Si vous le savez, alors vous réalisez que toutes les choses du monde n’existent pas vraiment. Comment les tigres, les loups, les couteaux et les épées pourraient-ils vous menacer ? Si Shakyamuni avait traité cela comme vous le faites, il n’aurait jamais réussi. C’est pourquoi je vous dis que l’œil d’un vrai praticien enveloppe le monde entier. Il englobe l’univers tout entier. Pas un seul cheveu ne lui échappe. Où resterait-il une seule chose à voir ou à réaliser ? Cette transcendance ! Cet état miraculeux ! Pourquoi n’enquêtez-vous pas ? »


Xuansha dit :

« C’est comme si vous étiez tous assis au fond d’un grand océan, complètement submergé, et que vous teniez encore la main aux gens et que vous mendiiez de l’eau. Vous comprenez ? Si vous voulez réaliser la sagesse et le l’activité du bodhisattva, vous devez avoir une grande sagesse. Avec une grande sagesse, vous pouvez le faire dès maintenant. Mais si votre capacité de base vous fait défaut, alors vous devez être diligent et continuer, jour et nuit, en oubliant la nourriture et le sommeil, en étant aussi anxieux que si vos deux parents étaient morts. Donnez toute votre vie. Avec l’aide d’autres personnes et en vous efforçant vraiment de trouver la vérité, vous atteindrez alors certainement l’illumination. »


Un moine demanda : « Pourquoi ne puis-je pas parler ? »

Xuansha lui répondit : « Ferme ta bouche. Maintenant, peux-tu parler ? »


Un moine demanda : « Qu’est-ce que c’est ? Et pourquoi est-ce si difficile à réaliser ? »

Xuansha répondit : « Parce que c’est trop proche. »

(Plus tard, Fayan commenta : « Ça ne peut pas être plus proche. En fait, c’est le moine lui-même. »)


— Entends-tu le bruit de l’eau de la rivière Yan ?  lui dit Gensha.

— Je l’entends.



  1. Han est le le nom traditionnel du peuple chinois.


Sources

  • Andrew E. Ferguson, Zen's Chinese heritage, 2000, ISBN 0-86171-163-7 978-0-86171-163-5.
  • Taisen Deshimaru, Dōgen, Le livre du kesa: Shobogenzo, Paris, 2000, ISBN 978-2-901844-25-9.