- Tirée de Wudeng huiyuanWudeng huiyuan (1252) (Le Compendium des Cinq Lampes) de Dachuan Puji.
Yunyan Tansheng venait de l’ancien Jianchang[1]. Il suivit une vingtaine d’années BaizhangBaizhang Huaihai (749–814), disciple de Mazu Daoyi., sans parvenir à l’éveil. Après la mort de Baizhang, Yunyan se fit disciple de Yakusan.
Yunyan avait pour ami proche son camarade Daowu Yuanzhi – leurs échanges sont largement cités. Yunyan vécut plus tard sur la montagne Yunyan à Tanzhou (près de Changsha moderne). Parmi ses héritiers du Dharma se trouvait Tōzan, le fondateur de l’école caodong/sōtō.
- D’où viens-tu ? lui demanda Yaoshan.
- De Baizhang, répondit Yunyan
- Que dit Baizhang à ses disciples ?
- Il dit souvent : « J’ai un dicton qui est : “Les cent goûts sont complets.” »
- Quelque chose de salé a un goût salé. Quelque chose de fade a un goût fade. Ce qui n’est ni salé ni fade a un goût normal. Qu’entend-on par l’expression : « Cent goûts sont complets » ?
Yunyan ne sut pas répondre.
-
Qu’a dit Baizhang sur la vie et la mort sous nos yeux ?
-
Il a dit qu’il n’y a ni vie ni mort sous nos yeux.
-
Combien de temps es-tu resté chez Baizhang ?
-
Vingt ans.
-
Tu as passé vingt ans avec Baizhang, mais tu ne t’es pas encore débarrassé de tes manières de rustre.
Un jour, alors que Yunyan assistait Yaoshan, celui-ci lui demanda :
-
Qu’est-ce que Baizhang avait d’autre à dire ?
-
Une fois il a dit : « Dites plus de trois phrases et l’illumination est partie. Mais en six phrases, il y a de la compréhension. »
-
À 3 000 miles de distance, la joie ne se fait pas sentir.
Puis Yaoshan demanda :
-
Qu’est-ce que Baizhang a dit d’autre ?
-
Une fois Baizhang est entré dans la salle pour s’adresser aux moines. Tout le monde s’est levé. Il a ensuite utilisé son bâton pour chasser tout le monde. Puis il a crié après les moines, et quand ils l’ont regardé, il a dit : « Qu’est-ce que c’est ? »
-
Pourquoi ne me l’as-tu pas dit avant ? Grâce à toi aujourd’hui, j’ai enfin vu Hai, mon frère aîné.
En entendant ces paroles, Yunyan atteignit l’illumination
Un jour, Yaoshan lui demanda :
-
À part au Mont Baizhang, où as-tu vécu ?
-
J’étais à Guangnan [en Chine méridionale].
-
J’ai entendu dire qu’à l’est de la porte de la ville de Guangzhou, il y a un grand rocher que le gouverneur local ne peut déplacer, n’est-ce pas ?
-
Pas seulement le gouverneur ! Tous les habitants de ce pays réuni ne pourraient le déplacer !
Un jour, Yaoshan lui demanda :
-
J’ai entendu dire qu’on peut apprivoiser les lions. Est-ce vrai ?
-
Oui.
-
Combien peux-tu en apprivoiser ?
-
Six.
-
Je peux les apprivoiser aussi.
-
Combien en apprivoisez-vous ?
-
Un.
-
Un, c’est six. Six, c’est un.
Plus tard, Yunyan résida chez Isan. Guishan lui a demanda:
-
J’ai souvent entendu dire que lorsque tu étais chez Yaoshan, tu apprivoisais les lions. Est-ce vrai ?
-
Oui.
-
Étaient-ils toujours sous contrôle, ou seulement de temps à autre ?
-
Quand je voulais qu’ils soient sous contrôle, ils l’étaient. Quand je voulais les relâcher, ils s’échappaient.
-
Quand ils s’échappaient, où étaient-ils ?
-
En liberté ! En liberté !
Yunyan faisait du thé.
Daowu lui demanda :
-
Pour qui fais-tu du thé ?
-
Quelqu’un en veut.
-
Pourquoi ne le laisses-tu pas le faire lui-même ?
-
Heureusement, je suis là pour le faire.
Un jour, alors que Yunyan balayait, Daowu lui dit :
-
Trop pressé !
-
Tu devrais savoir qu’il y a quelque chose qui n’est pas pressé.
-
Dans ce cas, y a-t-il une deuxième lune ?
Yunyan leva le balai et dit : « Quelle lune est-ce ? »
Daowu partit. (Xuansha en entendit parler et dit : « Exactement la deuxième lune. »)
Après être devenu abbé, Yunyan s’adressa aux moines en disant :
- Il y a le fils d’une certaine famille. Il n’est pas de question à laquelle il ne peut pas répondre.
Dongshan s’avança et demanda :
-
Combien y a-t-il de livres classiques dans sa maison ?
-
Pas une ligne.
-
Alors comment peut-il être si bien informé ?
-
Jour et nuit, jamais il n’a dormi.
-
Peut-on l’interroger sur un sujet précis ?
-
Ce qu’il répond n’est pas dit.
Yunyan demanda à un moine :
-
D’où viens-tu ?
-
De Tianxiang [visage céleste].
-
As-tu vu un Bouddha ou non ?
-
J’en ai vu un.
-
Où l’as-tu vu ?
-
Je l’ai vu dans le royaume inférieur.
-
Un ancien Bouddha ! Un ancien Bouddha !
Durant l’année 841, Yunyan tomba malade. Après avoir donné l’ordre de préparer le bain, il appela le chef des moines et lui demanda de préparer un banquet pour le lendemain, car un moine partait. Le soir du vingt-sept du mois, il mourut.
La ville de Jianchang était située à une trentaine de kilomètres au nord de la ville moderne de Nanchang dans la province de Jiangxi.
Sources
- Andrew E. Ferguson, Zen's Chinese heritage, 2000, ISBN 0-86171-163-7 978-0-86171-163-5.
- Taisen Deshimaru, Dōgen, Le livre du kesa: Shobogenzo, Paris, 2000, ISBN 978-2-901844-25-9.