Le but ultime de la grande Voie des Bouddhas est la libération de la souffrance et la pleine manifestation des phénomènes.
On pourrait dire que cette libération consiste à se libérer de la [[jati|naissance]] dans la naissance, et à se libérer de la [[marana|mort]] dans la mort.
Ainsi il y a « entrer dans le cycle des naissances et des morts », et il y a « sortir du cycle des naissances et des morts ». L’un ne va pas sans l’autre, car la Grande Voie est une et entière.
Ainsi il y a « rejeter le cycle des naissances et des morts » et il y a « aller au-delà du cycle des naissances et des morts ». L’un ne va pas sans l’autre, car la Grande Voie est une et entière.
La naissance n’est autre que la pleine manifestation des phénomènes et la pleine manifestation des phénomènes n’est autre que la naissance. À l’instant de la pleine manifestation des phénomènes, il n’y a rien qui ne soit la totale manifestation de la naissance et il n’y a rien qui ne soit la totale manifestation de la mort.
C’est le principe actif qui fait advenir la naissance et qui fait advenir la mort. Au moment précis où il se manifeste pleinement, il n’y a plus de distinction entre le grand et le petit, ni entre le macrocosme et le microcosme, le long et le court, le lent et le rapide. Et alors, la naissance est ce principe actif, et ce principe actif est la naissance.
La naissance n’est pas allées et n’est pas venues, elle n’est pas manifestation et elle n’est pas réalisation. Et pourtant, la naissance est la manifestation de toutes les activités, la mort est la manifestation de toutes les activités.
Rappelez-vous que, parmi les innombrables dharmas présents dans le moi, il y a la naissance et il y a la mort.
Demandons-nous tranquillement si notre propre vie et les divers dharmas qui coexistent avec elle font partie de la naissance ou n’en font pas partie...
Il n’y a rien, pas un seul moment ni un seul dharma, qui ne fasse pas partie de la naissance. Il n’y a rien, pas une seule affaire ni un seul état d’esprit, qui ne fasse pas partie de la naissance.
La naissance, c’est comme lorsqu’une personne navigue sur un bateau. Sur ce bateau, je hisse la voile, je manœuvre la barre, je pousse le mât. Dans le même temps, le bateau me porte ; il n’y a pas de « je » au-delà du bateau. En naviguant dessus, j’ai fait en sorte que ce bateau soit un bateau.
Nous devons étudier à fond ce moment précis.
À ce moment, il n’y a rien d’autre que le monde du bateau : le ciel, l’eau, le rivage sont tous devenus le moment même du bateau, totalement différents des moments qui ne sont pas sur le bateau.
Alors la vie est ce que j’en fais, et je suis ce que la vie me fait. Pendant que je navigue sur le bateau, mon corps, mon esprit, mes conditions et mon moi sont tous des parties essentielles du bateau ; la terre entière et le vaste espace sont tous des parties essentielles du bateau.
Ce qui a été décrit ainsi, c’est que la naissance est le moi, et le moi est la naissance.
Maître Kokugo[1], a dit : « La naissance est la manifestation de toutes les activités, la mort est la manifestation de toutes les activités. »
Nous devons clarifier ces mots et en pénétrer le sens.
En pénétrer le sens signifie les comprendre comme suit : le principe « la naissance est la manifestation de toutes les activités » est sans commencement ni fin, et pénètre la Terre et le Ciel, sans, toutefois, s’opposer à ce que la naissance soit la manifestation de toutes les activités, ni sans s’opposer non plus à ce que la mort soit la manifestation de toutes les activités.
L’instant où la mort est la manifestation de toutes les activités est aussi la Terre et le Ciel, et cela n’empêche pas la mort d’être la manifestation de toutes les activités, ni la naissance d’être la manifestation de toutes les activités.
Ainsi, la vie n’obstrue pas à la mort et la mort n’obstrue pas la vie.
la Terre et le Ciel se manifestent tous deux dans la vie comme dans la mort.
Mais ce n’est pas qu’à travers la Terre, vue comme une entité, et le vaste espace, vue comme une entité, que toutes les activités agissent dans la vie d’une part et dans la mort d’autre part. Cela n’a rien à voir avec l’unité, ou la différence ; cela n’a rien à voir non plus avec la différence ou l’identité ; ni avec l’identité ou la multiplicité.
Ainsi, dans la naissance, tous les dharmas existent en tant que « la manifestation de toutes les activités », et dans la mort tous les dharmas existent en tant que « la manifestation de toutes les activités ».
Et dans l’état au-delà de la « naissance » et de la « mort », il y a « la manifestation de toutes les activités ».
Dans « la manifestation de toutes les activités », il y a la naissance et il y a la mort.
Pour cette raison, la manifestation de toutes les activités de la naissance et de la mort est telle un homme dans la fleur de l’âge qui fléchit et étend un bras, ou bien telle une personne qui, dans la nuit, tend le bras en arrière en tâtonnant, en quête de son oreiller.
Tant de pouvoirs merveilleux et d’éclats lumineux y résident et s’y manifestent.
Au moment de cette manifestation, puisqu’on est totalement activé par la manifestation, on la perçoit sans la moindre manifestation antérieure à la manifestation. Pourtant, l’avant de cette manifestation est « la manifestation de la totale activité » d’avant. Bien qu’il y ait « une manifestation de la totale activité » d’avant, celle-ci n’empêche pas « la manifestation de la totale activité » de maintenant. C’est la raison pour laquelle une telle perception s’empresse de se manifester.
Engo Kokugon (980-1052) est un maître de la lignée rinzai. Il a commenté les 100 kōan de l’Hekiganroku. Cette citation est issue du commentaire du 55ᵉ kōan [[Dogo-1]].
Kōans cités dans ce texte
- « La grande compassion » de Ungan
- Bouddha fait tourner la fleur
- Le « *mu* » de Jōshū
- Zhaozhou et les ermites
- L’esprit ordinaire, c’est la Voie.
- « Arrêtez la pensée illusoire » de Changsha
- « Demandez au pilier » de Shitou